Hélène Bielak, journaliste indépendante, a choisi de partir à l’Est de l’Europe pour prendre le pouls 25 ans après la chute du bloc soviétique. Nous retrouverons ces articles régulièrement au fil de son périple. Deuxième étape : Vilnius en Lituanie. Hélène a rencontré Martyna, 24 ans guide touristique.

Martyna, 24, guide touristique, Vilnius Rencontrée lors d’un Free Walking Tour Lorsque deux millions de personnes ont formé une chaîne humaine géante pour demander l’indépendance des pays baltes le 23 août 1989, elle était là. Enfin, presque. « J’étais dans le ventre de ma mère. Donc, j’ai un peu participé à la voie balte! » rigole Martyna. Vingt-cinq ans plus tard, la jeune femme s’intéresse de près à l’histoire de l’union soviétique. Et, surtout, aux anecdotes glanées ici et là sur le quotidien des Lituaniens pendant l’occupation soviétique. Les longues files d’attente devant les magasins, les copinages pour obtenir tel ou tel objet, les petites magouilles des uns et des autres pour améliorer leur quotidien etc. Ainsi, elle promène de temps à autre des touristes pour des visites guidées 100% soviétiques. « C’est quelque chose qui plait beaucoup aux britanniques et aux européens de l’ouest en général, constate-t-elle. Ils se demandent comment c’était avant ici, parce qu’ils n’en ont aucune idée. Entre nous les lituaniens, on ne parle pas beaucoup de cette période parce que c’est un partie triste de notre histoire. Beaucoup de gens ont été tués. Mais je pense que depuis quelques années, les gens commencent à en parler davantage de ce qui s’est passé, de ce qu’ils ont vécu. » Quand elle entend certains regretter cette période, elle ironise. « Il y a des gens qui se plaignent, qui pensent que tout était bien mieux pendant l’ère soviétique. Tout le monde avait du travail, il n’y avait pas de sans abris, pas de criminels etc. Mais je trouve ça assez drôle. A cette époque, la télé était contrôlée par la propagande communiste. Ils te montraient juste ce qu’ils voulaient bien te montrer. Donc, tu ne pouvais pas savoir s’il y avait vraiment des sans-abris dans la rue. Peut-être que les soviétiques allaient juste les prendre et les cacher quelque part! Quant aux criminels, bien sûr qu’il y en avait. Mais on ne les voyait pas à la télé. Je pense juste que les gens qui disent que c’était mieux avant sont très fainéants. Parce qu’aussi, pendant l’ère soviétique, tu avais un travail. Tu n’avais pas besoin de travailler dur, d’être intelligent. Ta carrière dépendait surtout de ta loyauté envers le parti communiste. On te disait quoi dire, comment te comporter. Tu avais un travail pour toute ta vie et tu n’avais même pas besoin de travailler dur pour ça. Donc je pense que les gens qui disent que c’était mieux, ce sont ceux qui avaient un boulot et qui s’en contentaient sans faire plus. » Entre 1991, année de l’indépendance de la Lituanie, et aujourd’hui, le fossé a été énorme. « C’est difficile pour moi d’imaginer que tout a changé aussi vite. C’était il y a seulement 25 ans… Ça me paraît fou. Pour moi, quand j’entends des histoires sur cette période, c’est un peu comme lire un livre ou regarder un film. » Blog Génération post-communiste