Par Alexandros Minousis-Gram, volontaire européen à la Maison de l’Europe à Nantes

Dimanche 8 avril 2018 se sont déroulées les élections législatives en Hongrie. Selon les chiffres que nous avons jusqu’ici, la participation a été très élevée et a donné comme résultat une nouvelle victoire du gouvernement qui a gagné deux-tiers des sièges pour la coalition entre le parti d’Orban, Fidesz, et les chrétien-démocrates KDNP. Une majorité à deux tiers signifie que cette coalition a la « super-majorité » au parlement, qui leur permet de changer la constitution.

Alexandros a échangé avec Rick Zuijderduijn, responsable de presse de l’organisation danoise Silba qui a envoyé des observateurs d’élections internationaux en Hongrie.

Tout d’abord, qu’est-ce que Silba ?

Silba est une organisation basée au Danemark, qui possède des antennes en Norvège et aux Pays-Bas. Elle a été fondée en 1994 afin de renforcer les structures démocratiques dans les trois pays baltes. Aujourd’hui elle vise à renforcer la démocratie dans tous les pays d’Europe centrale et, plus récemment, d’Asie centrale. Elle est non-partisane et politiquement neutre. Nous organisons des séminaires, nous informons les Danois de ce qui se passe dans nos pays « cibles », nous y organisons des voyages, mais notre activité principale reste quand même les observations d’élections.

Que fait-on pendant une telle observation ?

On peut diviser une observation en trois parties : éducative, sociale et le jour d’élection. Avant de partir, nos observateurs ont fait une formation d’observateur de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Sur place, nous commençons par la partie éducative, car nous arrivons une semaine avant le jour J. Pendant ces jours-là nous rencontrons plein d’ONG et politiciens, c’est un peu un cours intensif de la situation politique du pays. La partie sociale prend en compte le temps que nous passons avec nos partenaires locaux. Et bien sûr, les élections. Là, nos observateurs en groupes de 3 ou 4 (deux ou trois internationaux et un local) couvrent chacun un district électoral et vont observer les bureaux de vote, de l’ouverture jusqu’à l’annonce des résultats. Une très grosse journée !

Et vous regardez quoi dans les bureaux de vote ?

L’idée, c’est d’avoir une impression du processus : les responsables ont-ils été bien formés ? Y a-t-il les documents et matériels nécessaires ? Les citoyens sont-ils bien accueillis ? Peut-on voir des erreurs ou des tentatives de fraude ? Silba fait une observation court terme, c’est-à-dire que nous observons uniquement le jour des élections et non pas toute la campagne qui précède. Pour cette partie nous avons l’aide de nos partenaires locaux. Ce sont souvent des étudiants, nous les rémunérons pour qu’ils nous aident à trouver les bureaux de vote, à traduire du hongrois si nécessaire… Bref, avoir un partenaire local qui connaît la ville, la langue etc.

Quels étaient les thèmes de ces élections ?

Il y en avait deux grands : George Soros et la question des migrants/réfugiés. Fidesz, le parti au pouvoir, a mené une campagne selon laquelle tous les partisans contre lui étaient payés par Soros, un philanthrope américo-hongrois. En ce qui concerne les refugiés, nous savons bien que Orban est contre l’accueil des réfugiés en Hongrie et c’est un thème qui préoccupe beaucoup de gens. Les partis d’opposition ont essayé de parler de la corruption, de la relation avec l’Union européenne, les problèmes sociaux, mais sans trop de succès. C’est un peu la bataille entre nationalisme et internationalisme.

Comment s’est passé le jour même des élections ?

La participation a été très forte, autour de 70% selon nos informations, ce qui a donné des queues énormes et parfois des situations chaotiques. Nous avons rencontré des gens qui ont attendu trois heures pour pouvoir voter ! Je pense que c’est un résultat du fait que la campagne a duré trois mois et qu’elle a aussi été très dure. Un grand problème était qu’il y a eu plusieurs candidats qui ont retiré leur candidature au dernier moment. Ce n’était pas forcément clair pour les citoyens de savoir qui était encore éligible et qui ne l’était pas. Nous n’avons pas observé de fraude et les erreurs que nous avons vues sont classiques et sans conséquences, dues au facteur humain. Il faut dire que la plupart des bureaux de vote ont très bien fonctionné.

Comment s’est passée la journée du point de vue des observateurs ?

Nous avons eu des problèmes avec notre accréditation. Nous étions bien accrédités par le ministère, mais les listes des noms des observateurs accrédités données aux bureaux de vote n’étaient pas toujours bonnes. De fait, l’accueil a parfois été sceptique car les responsables n’étaient pas au courant. Mais nous avons généralement été bien accueillis.

Que peux-tu dire sur les résultats des élections ?

La campagne a été vive et très dure, mais c’était plus ou moins attendu que Fidesz remporte les élections. La question concernait plutôt l’ampleur de la victoire. Ils ont obtenu deux tiers des sièges, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Dans la rue il y avait simultanément des grandes fêtes et des manifestations, pour les mêmes élections !

Nous avons une idée assez objective de ce qui s’est passé car en complément de Budapest, nous avons envoyé des observateurs à Miskolc, Veszprém et Kecskemét. En fait, nous étions le plus grand groupe d’observateurs internationaux. Selon nos observations, nous pouvons alors dire que le processus du vote, d’une manière générale, a bien fonctionné. Nous publierons d’ailleurs notre rapport final sur notre site.