Hélène Bielak, journaliste indépendante, a choisi de partir à l’Est de l’Europe pour prendre le pouls 25 ans après la chute du bloc soviétique. Nous retrouverons ces articles régulièrement au fil de son périple. Troisième étape : Sofia en Bulgarie. Hélène a rencontré Dessi, 23 ans, étudiante en économie et guide touristique du Sofia Free Walking Tour.

Depuis quelques temps, Dessi s’intéresse de près au communisme et à la période de transition qui a suivi. Alors, autant dire que notre conversation a été longue. Parmi les nombreux thèmes abordés, j’ai choisi d’en retenir quatre. Le communisme… Un sujet propice aux disputes en famille Dessi : « En Bulgarie, quand tu as une réunion de famille, comme les anniversaires ou Noël, c’est toujours un sujet abordé. Par exemple, j’étais avec les grands parents de mon copain le week-end dernier et ils faisaient exactement la même chose que ma famille. Les plus anciennes générations se disputent à propos de ce qui s’est passé. Les plus jeunes ne partagent pas la même opinion qu’eux. Et donc, ça crée toujours des disputes. » Moi : « Et toi, tu te places où dans tout ça? » Dessi : « Je n’entre pas trop dans ces discussions parce que je suis née après. Donc, je peux juger cette période uniquement à travers ce que m’ont raconté les gens et ce que j’ai lu. » Le communisme… Une partie zappée des livres d’histoires Dessi : « Le sujet n’existe pas à l’école. Du tout. On étudie pas mal d’histoire cela dit. Je pense que tu étudies l’histoire pour la première fois en sixième. Et tu as des cours d’histoire jusqu’en terminale. Et il n’y a pas un mot à propos du communisme. Aucun. La période historique étudiée à l’école se termine par la guerre avec l’empire Ottoman… C’est la dernière chose que tu étudies a propos de l’histoire bulgare. C’est quelque chose que je n’avais réalisé quand j’étais étudiante. Maintenant, je me rends compte que ça n’a aucun sens. » Moi : « Tu sais pourquoi le communisme n’est pas abordé ? » Dessi : « Je n’ai aucune explication à ça. C’est peut-être parce les gens se disputent toujours au sujet de cette période. Cela peut faire remonter pas mal de problèmes, de souvenirs. C’est un peu difficile de parler de ça, d’avoir un point de vue indépendant, de faire émerger la vérité. Parce qu’au final, les gens ne savent pas tout ce qui s’est passé pendant cette période. » Le communisme… Et ses nostalgiques Dessi : « Je pense que la nostalgie, c’est quelque chose de normal. Probablement parce que les gens qui sont nostalgiques étaient jeunes à cette époque. Et c’est une des raisons qui, selon moi, expliquent pourquoi ils sont autant nostalgiques. J’essaye de comprendre ça. J’essaye de ne pas réagir de façon trop émotionnelle. Je crois ce que me raconte ma mère parce qu’elle essaye de me représenter les deux points de vue. Donc, quand j’entends des gens nostalgiques du communisme, j’essaye de les comprendre. » Le communisme… Et son héritière: la corruption Dessi : « Si on a de la mafia, c’est à cause du communisme. » Moi : « C’est-à dire ? » Dessi : « Au début de la période de transition, le secteur privé a recommencé à exister. Et des groupes de personnes influentes se sont créés. Par exemple, si tu voulais ouvrir un magasin, ils te disaient que si tu ne leur donnaient pas 60% de ce que tu gagnes, ils allaient t’harceler. Donc, ils étaient partout et volaient de l’argent à tout le monde. Ça a duré cinq, six ans. C’était vraiment affreux. Avoir un commerce sans leur soutien était impossible. Ils représentaient un gros groupe de personnes. Comme au début c’était un vrai bazar partout, ils en ont tiré profit. Maintenant, ça a changé, ça ne se passe plus comme ça. Ils ne s’occupent plus des magasins, ils sont à un niveau bien plus élevé. Le nouveau premier ministre de Bulgarie (Boïko Borissov), il y a de très sérieuses rumeurs disant que c’était l’une de ces personnes qui harcelaient les gens dans les magasins, à grande échelle… Maintenant, ils sont partout. Moi : « Et t’en penses quoi? » Dessi : « C’est le plus gros problème dans notre société. Ces gens sont mauvais et sont partout. » Blog d’Hélène Bielak