Par Alexandros Minousis-Gram, volontaire européen

Les Balkans est une région qui est assez méconnue en France. Les actualités arrivant jusqu’ici sont en général négatives. Qui a oublié par exemple la guerre en Yougoslavie dans les années 90 ?

Heureusement, il y a des conflits moins tragiques : la querelle diplomatique entre la Grèce et la République de Macédoine en est un exemple.

Quelle est l’histoire ? Après la chute de la Yougoslavie, la République Socialiste de Macédoine est devenue indépendante et a choisi comme nom « République de Macédoine ». Leur nouveau drapeau avait le soleil de Vergina dessus.

Les Grecs n’ont pas aimé cela. La région nord de la Grèce s’appelle aussi Macédoine et ils considéraient que la nouvelle république volait des symboles de l’antiquité grecque. Ils ont décidé de mettre en place un embargo commercial jusqu’en 1995 où la nouvelle république changeait son drapeau.

Toutefois, le nom n’a pas changé et Athènes a mis son véto sur l’admission des Macédoniens dans l’OTAN et l’Union européenne. Ils ont aussi imposé l’usage du nom « ancienne République Yougoslave de Macédoine ».
C’est donc à la base une question d’identité nationale : la Grèce se considère comme héritière de la civilisation macédonienne antique et se sent agressée par la prise de cette identité par une nation slave.

Cette querelle a, espérons-le, fini le 17 juin 2018. Après 27 ans, la Grèce a imposé à son voisin de changer de nom en « Macédoine du Nord ».
La Macédoine du Nord reconnaît que sa culture slave n’a aucun rapport avec la culture hellénique d’Alexandre le Grand et la Grèce s’engage à ne pas empêcher l’entrée de la Macédoine du Nord dans l’OTAN et l’Union européenne.

Cette décision n’est pas seulement identitaire, mais aussi stratégique. Pour l’OTAN – dont la Grèce est membre –  l’idée d’avoir de nouveaux membres dans les Balkans est une idée intéressante, car cela pourrait affaiblir l’influence russe dans la région.

Les difficultés, cependant, n’ont que commencé. L’accord est bien signé, mais il faut qu’il soit ratifié par les parlements à Athènes et Skopje. Pour Skopje il est même nécessaire de réviser sa constitution.
Les nationalistes de deux côtés ne sont pas du tout satisfaits avec cet accord. En Macédoine du Nord le président de la république a refusé de le signer et des protestations violentes ont éclaté à Skopje contre ce que certains considèrent une cession inacceptable aux Grecs.

La situation en Grèce est pareille. Le gouvernement Tsipras a survécu une motion de censure le 16 juin 2018, il se trouve face à de grandes manifestations contre ce que les nationalistes Grecs considèrent à leur tour comme une cession inacceptable aux voisins Slaves. Un député du parti d’extrême droite Aube Dorée a même été arrêté pour « acte préparatoire de haute trahison » après avoir tenu un discours au parlement demandant à l’armée d’arrêter le premier ministre et le président de la république…

Les deux premiers ministres, Zaev et Tsipras ont été salués par la communauté internationale pour leurs efforts. A voir s’ils arriveront à convaincre leurs citoyens.