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L’Allemagne revisitée / Hommage à Charlie

L’Allemagne revisitée / Hommage à Charlie

A moment exceptionnel, edito exceptionnel: ce n’est pas un édito mais un double édito qui lance l’année 2015 de la Maison de l’Europe à Nantes. Jean-Paul Barbe, vice-Président de l’association a rédigé un texte sur l’Allemagne revisitée, complété par l’hommage aux victimes des attentats des derniers jours. Les européens ont réagi vivement, montrant leur solidarité à une France attaquée et en deuil.

Hommage à « Charlie » Cette année 2015 commence dans le drame. Je citerai la réaction de Catherine Lalumière, Présidente de notre fédération nationale : « L’Europe est en deuil, non seulement parce que des femmes et des hommes ont été massacrés, mais parce que les libertés, liberté de la presse, liberté de pensée, sont visées. Nos valeurs fondamentales sont en cause. Comme elles le sont dans notre Europe en crise depuis plusieurs années, parfois de manière violente, souvent de manière insidieuse. Plus que jamais la passivité serait un crime… »

Mais nous puisons du réconfort dans l’ampleur de la mobilisation citoyenne pour défendre ces valeurs, non seulement chez nous, mais dans toute l’Europe à travers d’impressionnantes manifestations de solidarité et la présence à nos côtés des responsables de nos pays frères.

Puisse ce sursaut s’inscrire dans la durée, et amener tous les européens à réinterroger et approfondir le sens de ces valeurs de liberté et de démocratie, et l’exigence de solidarité.

La Maison de l’Europe à Nantes essaiera d’y contribuer à sa mesure, et vous souhaite à toutes et tous  « malgré tout », une très belle année 2015, au cours de la quelle nous fêterons notre 10ème anniversaire.

Notez vite notre premier rendez-vous de l’année, les portes ouvertes de notre Centre d’information Europe Direct le mercredi 28 janvier.

Martine Buron Présidente de la Maison de l’Europe à Nantes

L’ Allemagne revisitée

Les uns la voient arrogante et menaçante, un Quatrième Reich ; les autres, montrant benoitement le bon chemin vers la santé économique. Tout semble aller bien pour elle et voilà qu’elle serait atteinte elle aussi par le virus de la xénophobie et de l’euroscepticisme ! Qu’en penser ? L’Europe a beaucoup bénéficié à l’Allemagne (mais laquelle ?). En particulier depuis 89. L’élargissement de l’UE a été un formidable atout. L’intégration de l’ex-RDA, au demeurant financée aussi par des fonds structurels européens, a créé des problèmes sociétaux et accru la dette publique certes mais aussi créé un marché nouveau (boom du BTP, etc).

L’adhésion des autres pays de l’Est à l’UE, en plusieurs vagues, lui a ouvert des perspectives économiques nouvelles, en termes d’exportations mais aussi de délocalisations, qui ont permis de faire pression sur les salariés. Le transfert de la capitale à Berlin, à 58 kms de la frontière polonaise, symbolise ce déplacement hors de l’espace rhénan initial. Après des turbulences (où l’Allemagne de Schröder, comme la France de Chirac ne respectaient pas les critères de Maastricht…), deux, et maintenant trois mandats de « grande coalition », sous hégémonie chrétienne-démocrate, ont récolté les fruits d’un démontage social, initié par la social-démocratie, qui a consisté à imposer la « modération salariale » et « dynamiser » le marché du travail en diminuant les filets de protection : les salaires réels ont perdu 15% de 1980 à nos jours alors que la productivité doublait ; les bas salaires ont perdu depuis 1995 20% à l’Ouest, 6,5 à l’Est; 20% des salariés forcés à travailler au rabais doivent être soutenus par l’Etat (Hartz IV), la main-d’œuvre immigrée de l’Est a cassé les prix (avec les Roumains à 3,5O € de l’heure dans les abattoirs de Basse-Saxe, quelle entreprise bretonne peut survivre ?).

Cette Europe importe à l’Allemagne, car elle y exporte 60% de sa production. Au final, cela produit des indices apparemment satisfaisants : cette année pour la première fois, un budget plus qu’en équilibre ; le chômage est sous contrôle. Et un salaire minimum pointe même son nez… Qu’on y ajoute l’inattendu revirement énergétique total décidé par la chancelière, avec l’abandon du nucléaire. Et des mœurs politiques apparamment plus portées à la consensualité, hostiles aux effets d’annonce et aux mouvements de menton et on a la formule pour que l’Allemagne de Merkel apparaisse comme un bon élève et un modèle d’efficacité. Et pourtant…

Utile, l’Europe est désormais plus que jamais nécessaire à l’Allemagne. Car c’est une économie et une société fragiles. Démographiquement : elle doit perdre 20 millions d’habitants d’ici 2050 ! Il faut donc déjà impérativement importer de la main-d’œuvre étrangère ; y compris des jeunes diplômés des pays à chômage, espagnols, grecs…ou français. L’essor économique a atteint un seuil. Les investissements sont en baisse ; la dette publique reste considérable, encore assez proche du taux français ; certains secteurs d’exportation sont fragiles, qu’il s’agisse des biens de luxe en Chine (Mercedes…), de l’innovation technologique… ou de la vente d’armes (l’Allemagne est le 3ème vendeur au monde avec 8% des ventes, la France 4ème avec 7%), que le partenaire social-démocrate voudrait, pour des raisons de moralité, mieux encadrer. La transition énergétique est bloquée, freinage fédéraliste et lobby du lignite aidant.

Socialement, les épreuves sont déjà là. Pays de plus en plus inégalitaire, la pauvreté y est bien présente (de moins en moins de chômeurs, certes mais de plus en plus de pauvres) ; système scolaire en panne : 25% d’une classe d’âge est jugée non-intégrable sur le marché du travail, mais comme il y a de moins en moins d’enfants, ma foi… Même la valeur attribuée au Travail, jadis fleuron de la vie allemande, pâlit.

Les laissés-pour-compte trouvent alors les plus mauvais prétextes (islamophobie des« manifestations du lundi » à Dresde, où il n’y a pourtant pratiquement pas de migrants) pour manifester colère et désarroi ; et l’expression politique en est l’apparition d’un nouveau parti eurosceptique, l’AfD, qui rafle des voix et pas seulement à la droite « classique ».

On le voit, pas de modèle et pas de recette. Au mieux un banc d’essai, mais dans des conditions bien particulières (sans le choc de Fukushima, pas de sortie du nucléaire ; sans Gorbatchev, pas de réunification, etc.). Les résultats pourraient toutefois être versés à une banque européenne des expériences, succès comme échecs. Mais rien n’y serait transposable directement.

Malgré cela ou à cause de tout cela, un partenariat franco-allemand est plus que jamais nécessaire ; ou tout ou presque serait à revoir. Dans le détail.

Avec toutes les conversions nécessaires. Et jamais pour très longtemps. Handicaps complémentaires (fédéralisme paralysant versus centralisme millle-feuilles ; etc.) et fragilités réunies. Et avec une feuille de route humaniste, quand même ! Ce pourrait être, sans trémolos dans la voix, un nouveau cours européen des choses, réaliste et progressiste à la fois.

Jean-Paul Barbe Vice Président de la Maison de l’Europe Président d’honneur du Centre culturel européen

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