Par Alexandros Minousis-Gram, volontaire européen

« Ancienne République Yougoslave de Macédoine », « FYROM », « Skopje » ou bien « Macédoine ». Ce petit pays balkanique est connu sous des noms différents et est impliqué dans un des conflits les plus bizarres du monde : un conflit autour de son nom. Une histoire dans laquelle un pays veut décider comment appeler un autre. A l’occasion des négociations entre la République de Macédoine et la Grèce début 2018, la Maison de l’Europe vous emmène dans le sud-est de notre continent et dans l’histoire de celui-ci.

Les Balkans ont toujours été une région compliquée, où l’histoire, la religion, la langue sont souvent utilisées politiquement, et le cas de la Macédoine n’en fait pas une exception. La République de Macédoine gagnait son indépendance de la Yougoslavie en 1991. Le nouveau pays eu immédiatement des problèmes avec son voisin grec, car il choisissait comme drapeau le soleil de Vergina, symbole considéré appartenant à la famille d’Alexandre le Grand, et comme nom Macédoine, aussi le nom d’une province grecque.

Les conséquences pour la nouvelle république sont graves, encore aujourd’hui. La Grèce, utilisant son droit de véto, refuse de la laisser entrer dans des organisations internationales, comme l’OTAN ou l’Union Européenne s’il n’y a pas un accord entre les deux.

La Grèce considère que la République de Macédoine vole des noms, de l’histoire et du patrimoine grec – alors que la population est composée de Slaves et d’Albanais –  en appelant son pays Macédoine, sa langue macédonienne, lorsqu’elle dit qu’elle est l’héritière du royaume antique et nomme des autoroutes et des aéroports « Alexandre le Grand ». Du côté grec, il existe aussi une crainte historique : en Macédoine grecque, il existe encore une minorité slavophone à laquelle les communistes, pendant la guerre civile grecque 1946-1949, avaient promis l’autonomie. Avec tout un pays qui se dit macédonien juste là, on a peur que la nouvelle république instrumentaliserait cette minorité et en conséquence, on a peur d’un irrédentisme* potentiel.

La République de Macédoine, de son côté, considère que chaque pays a le droit de s’appeler comme il veut, et qu’aucun autre pays n’a le droit de s’en mêler. Elle considère que la Macédoine est une grande région, dans laquelle la République de Macédoine est le seul pays à se trouver à 100 %, et grâce à ça, elle peut s’appeler Macédoine. En plus, la situation d’avoir un pays dont une région voisine porte le même nom n’est pas inexistante : le Luxembourg est un pays souverain, mais aussi une région en Belgique. La Moldavie est la partie nord-est de la Roumanie, mais aussi la République de Moldavie, et cela ne pose aucun problème ni pour les Roumains ni pour les Belges, alors pourquoi les Grecs ne peuvent-ils faire pareil.

Ce conflit a déjà duré pendant presque 30 ans, et la solution est difficile à trouver, car le thème évoque des sentiments forts dans les deux côtés des frontières et est ainsi facile à exploiter politiquement. Il y a toutefois eu une certaine évolution : la République a accepté de changer son drapeau en 1995, et la Grèce a arrêté le blocus économique. L’ONU a assigné un médiateur entre les grecs et les Macédoniens (il s’agit de l’américain Matthew Nimetz) et les deux pays ont appris à vivre avec leur problématique d’une manière pragmatique. En 2018 les gouvernements d’Athènes d’Alexis Tsipras et celui de Skopje de Zoran Zaev ont recommencé leurs négociations – pour Skopje une condition pour pouvoir entrer dans des organisations internationales, pour Athènes un thème très sensible, car même si le gouvernement semble vouloir trouver une solution, l’opinion publique n’y est pas forcément favorable. Mr Nimetz semble toutefois optimiste et on peut espérer que les deux états en ont assez et veulent vraiment en finir cette fois-ci.

Plus de 140 pays au monde ont reconnu la République de Macédoine sous ce nom-là, alors que la plupart de pays dans l’UE et la plupart des organisations internationales restent avec « Ancienne République Yougoslave de Macédoine » en attendant une solution. La Grèce utilise le nom ARYM dans des documents officiels et on appelle le pays « Skopje » au quotidien. La France utilise d’ailleurs aussi le nom ARYM.

* Tout mouvement nationaliste de revendication territoriale.