Hélène Bielak, journaliste indépendante, a choisi de partir à l’Est de l’Europe pour prendre le pouls 25 ans après la chute du bloc soviétique. Nous retrouverons ces articles régulièrement au fil de son périple. Quatrième étape : Leipzig en Allemagne. Hélène a rencontré Lara, Nora et Leonie, étudiantes à l’Université. originaires de l’Ouest de l’Allemagne, elles expliquent leur choix de poursuivre leurs études à Leipzig.

Lara, Nora et Leonie sont des filles de l’Ouest. Nées et élevées dans la prospère Cologne. Pourtant, c’est à 500 km de leur ville d’origine qu’elles ont choisi de poursuivre leurs études. « Quand j’ai commencé mes études, les frais de scolarité étaient beaucoup moins chers à l’Est, explique Leonie. C’était peut-être 500 euros de plus à Cologne. » Le coût de la vie et les prix des locations étaient aussi très attractifs pour les trois étudiantes. Mais au-delà de l’aspect financier, venir à l’Est c’était aussi débarquer en terra incognita. « Je ne connaissais pas très bien cette région, dont sont originaires beaucoup d’écrivains que j’aime, raconte Nora. Par exemple, l’un de mes auteurs favoris est une femme qui a vécu en RDA. J’ai beaucoup lu sur la vie en Allemagne de l’Est. Aujourd’hui bien sûr c’est différent, mais je pense que c’est aussi ça qui m’a intéressée. » Pour Leonie, Leipzig c’est aussi une sorte de fourmilière de nouveaux projets. « Je pense qu’on vient ici pour faire quelque chose, des choses nouvelles, différentes. Pas pour devenir riche. Ici, il y a des endroits où tu peux encore créer quelque chose, comme des cafés, des projets, des jardins, des clubs etc. A l’inverse des autres villes comme Berlin ou Hambourg, où tout a déjà été fait dans un certain sens. » Je leur demande si, avant de débarquer ici, elles avaient des préjugés sur l’Est. Nora : « Je pensais voir des néo-nazis. Parce que j’avais entendu qu’à Dresde, il y avait des manifestations de néo nazis. Moi : Et alors, c’est vrai? Nora : Hum, non, mais je pense que c’est parce que je reste à Leipzig. Peut-être que tu en trouves plus dans les environs de Leipzig. Mais au final, je n’en ai pas vraiment vu. Lara : Moi aussi je m’attendais à voir davantage de personnes d’extrême droite. Mais en fait, ils ne sont pas vraiment visibles. Mais par exemple, l’un des colocataires de Lisa [une amie] a grandi dans un petit village de l’Est. Il n’est pas originaire d’Allemagne et il a vécu beaucoup de trucs clairement racistes. » Mais, mise à part la couleur politique des habitants, peut-on dire que l’Allemagne de l’Ouest et celle de l’Est ne font bien plus qu’une seule et même entité aujourd’hui ? « Bien sûr, pour moi il y a une seule Allemagne », réagit Nora. Avant de nuancer. « Tu sais, aux informations, on parle du montant du salaire mininum. Et la question est toujours la même : doit-on mettre le même minimum à l’Est ? Dans ce genre de discussion, tu sens la différence parce que c’est pas comme si on disait « tout le monde en Allemagne doit gagner au moins 8,50 euros de l’heure ». Mais c’est plutôt « doit-on mettre la même chose en Allemagne de l’Est ou devrait-on faire une différence avec l’Ouest ? » Je lui demande ce qu’elle en pense. « Évidemment, j’aimerais que ce soit le même montant partout. Mais on dirait qu’ils [les politiques] font une différence. » Lire sur le Blog : http://generationpostcommuniste.com/2014/12/10/on-vient-a-leipzig-pour-faire-des-choses-differentes/