Par Alexandos Minousis-Gram, service volontaire européen à la Maison de l’Europe à Nantes.

Il est bien connu que l’Europe est le lieu d’une histoire très compliquée. Des empires disparus, des nations divisées entre états et régimes différents, des guerres entre nous etc. Ainsi, la tâche de classifier le continent en différentes parties n’est pas facile. La Grèce appartient-elle aux Balkans, à l’Europe du Sud, à l’Europe du Sud-Est ou bien à l’Europe occidentale ? L’Estonie est-elle un pays nordique ou de l’Europe de l’Est ? Où commence l’Europe du Nord ? Où finit l’Europe de l’Est ?

Une des divisions peut-être les plus connues est l’opposition entre Ouest et Est en Europe. L’époque de la guerre froide a laissé des traces profondes que nous avons les uns des autres. Mais ce qu’on appelle souvent « Europe de l’est » est en fait une région vaste et fort hétérogène. L’idée de cet article est donc de montrer les grandes différences entre ces pays ; le but n’est cependant pas de donner une définition toute faite de « l’Europe de l’est », mais de montrer la complexité de cette définition et région qui reste pour beaucoup de français inconnue et éloignée. Alors, qu’est-ce que c’est, cette idée, souvent utilisée, parfois péjorativement, parfois pour donner une impression « d’exotisme » ?

Prenons le critère géographique : tout simplement « il s’agit de la partie orientale du continent ». Cependant, la plupart des gens ne considère pas la Finlande comme étant un pays de l’Est – alors que géographiquement Helsinki se trouve plus vers l’Est que par exemple Varsovie, Prague, Budapest ou Belgrade, qui sont normalement considérées orientales.

Y a-t-il un critère linguistique, peut-être ? Bien qu’il soit vrai que beaucoup de pays de la région sont slavophones, ceci n’est pas le cas pour tous : il y a les hongrois, les nations baltes, les roumains, les roms et les allemands.

La plupart des gens en France ont peut-être une idée de l’Europe de l’Est basée sur un critère historique. Pourtant, ils confondent l’Europe de l’Est avec le bloc socialiste ou les états-membres du Pacte de Varsovie. Ici, il existe un peu de confusion, car dans les pays considérés, on se pense le plus souvent comme étant en Europe centrale, pas dans l’Est. Le point de vue d’un polonais ou d’un hongrois  c’est que l’Europe de l’est est associée avec les civilisations byzantine, russe et ottomane, en bref, avec les chrétiens orthodoxes. La Pologne et la Hongrie, ayant pour religion des formes occidentales du christianisme et étant autrefois des puissances européennes importantes (République des Deux Nations, Empire des Habsbourg), se voient donc comme occidentaux, maximum comme central et pensent qu’il est trop simpliste de les catégoriser avec les russes en se fondant sur quarante ans d’occupation et d’influence soviétique sur une histoire de mille ans. Les grandes personnalités venues de ces pays, comme Liszt, Chopin ou Curie font partie intégrale de la civilisation occidentale.

Bien que cette idée basée sur les années socialistes puisse sembler logique, elle contient aussi des problématiques : la RDA faisait partie du Pacte de Varsovie – aujourd’hui on dirait plutôt que Berlin est une capitale occidentale. L’ex-Yougoslavie, qui pendant la guerre froide était neutre, est quand-même considérée comme ex-communiste et, par conséquence, orientale.

On pourrait peut-être mettre en place le critère de la religion, en disant que les orthodoxes sont orientaux et les catholiques et protestants ne le sont pas ? Comme toutes autres définitions, oui et non. Oui, parce qu’on regrouperait ensemble la partie du continent qui n’a pas vécu la Renaissance et les Lumières que plus tard ou pas du tout, et parce que il y a une culture commune par rapport au patrimoine culturel – la plupart des langues dans l’Europe orthodoxe s’écrivent aux alphabets non-latins, par exemple.  Et non, parce que dans le monde orthodoxe il y a aussi de vastes différences entre ceux qui étaient sous domination russe et ceux qui étaient avec les Ottomans. En plus, il n’est peut-être pas idéal de créer une région si vaste géographiquement – des îles méditerranées grecques jusqu’à la région polaire russe…

Encore plus intéressant est l’aspect des pays qui ont réuni des régions venues des sphères différentes : l’Ukraine, avec ses parties ex-Habsbourg, ex-russes et ex-Ottomanes ou l’ex-Yougoslavie avec des régions ex-Habsbourg, ex-Ottomanes et ex-vénitiennes…

L’Europe centrale, de l’Est, ex-communiste, quoi qu’on l’appelle reste un endroit un peu différent à cause des années sous les régimes communistes, mais a une histoire très riche et est très loin d’être la masse grise, monotone et paresseuse – ou bien dangereuse –  que certains imaginent.  Heureusement, son image change aussi vers le positif grâce à la popularité touristique d’entre autre Prague, Budapest ou Cracovie et on peut espérer que cette évolution positive continuera.